Evolution du Coronavirus Sars-Cov2 en Afrique

La pandémie au Covid-19 a mis du temps avant d’arriver en Afrique, probablement à cause de la faiblesse des échanges commerciaux et touristiques entre l’épicentre chinois Hubei et le continent, contrairement à l'Europe et à l'Amérique.

Mais la Chine est quand même le premier partenaire commercial de l’Afrique. Nombreuses sont les liaisons aériennes entre elles, nombreuses sont les entreprises ou grands projets en Afrique employant une main d’œuvre majoritairement chinoise qui va et vient.

Toujours est-il que les premiers cas en Afrique sont apparus le 14 Février 2020 (soit 1 mois et demi après le premier cas annoncé en Chine). La plupart de ces premiers cas sont venus de pays européens. En Europe et en Amérique, les premiers cas ont été observés vers le 20 Janvier 2020 pour la plupart des pays.

Concernant ceux qui sont à des centaines de milliers de cas avérés aujourd’hui, on remarque sur les courbes de chiffres que le basculement entre le millier de cas et les dizaines de milliers de cas s’est opéré vers la sixième semaine d’évolution : Italie, Espagne, France, Etats-Unis, Allemagne. 

Les pays africains qui sont autour de la huitième semaine d’évolution à ce jour, comme l’Egypte, l’Algérie, le Cameroun, le Nigéria, le Sénégal, sont à un peu plus de 2.000 cas chacun pour les deux premiers, à 800 pour le Cameroun et autour de 300 chacun pour les deux derniers .

L’évolution paraît plus lente. Comment s’explique-t-elle ? Nous espérons que toutes les raisons évoquées ici et là, pour expliquer cette progression retardée, se confirment au fil et à mesure de l’évolution de la pandémie : Jeunesse de la population (97% de personnes ont moins de 65 ans en Afrique sub-saharienne), effet affaiblissant du virus par les molécules anti-palustres (que les africains hormis les maghrébins prennent toute l'année), vaccination obligatoire contre la tuberculose et la rougeole chez le nourrisson, aridité du climat et élévation des températures en Mars- Avril, absence de pollutions industrielles, rapidité dans la prise des mesures restrictives par plusieurs pays africains, aération des villes par le modèle courant des habitations en Afrique (villas, concessions, rareté des immeubles).

Ce ralentissement doit être utilisé par nos autorités sanitaires pour optimiser la prise en charge médicale et adopter les solutions les plus efficaces, en se basant sur les expériences et erreurs vécues dans les premiers pays atteints. On s’inquiète pour le nombre très faible de respirateurs en Afrique mais Il y a 2 jours, des infectiologues ont mis en doute l’efficacité de l’intubation dans le traitement du Covid. Les premières alertes sont venues d’Italie, où une grande majorité des patients placés en soins intensifs et sous respirateurs artificiels sont morts. Les statistiques sont tout aussi féroces au Royaume-Uni et à New York, où 80% des patients intubés sont morts, selon le gouverneur de l’Etat. La tendance est de plus en plus d’oxygéner par masque les patients sans attendre le stade de détresse respiratoire, l’intubation semblant être un facteur aggravant.

Parmi les grandes inconnues dans le Covid19, il y a le temps que va durer la pandémie et son degré d’immunisation. Est-elle une maladie immunisante, qui va finir par disparaître avec le vaccin ou l’augmentation des cas contaminés ? Si elle est immunisante comme l’a prouvé la présence d’anticorps chez beaucoup de guéris, combien de temps va durer cette immunité ? Celle d’un rhume ou d’autres virus apparentés, soit 40 semaines ? Ou n’est-elle pas assez immunisante et va persister à un état endémique sur une durée indéterminée? Ou devenir cyclique comme la grippe? Les experts sont très partagés sur la question et au stade actuel, il n’y a aucune certitude. Seul le temps pourra nous édifier.

La crise sanitaire en Afrique telle qu’elle est en train de se profiler, ne va logiquement pas nécessiter un confinement intégral, qui à lui seul, peut engendrer des situations de troubles plus graves. Par ailleurs, les scientifiques sont en désaccord sur l’utilité du confinement. La Chine qui, la première, a jugé cette mesure salvatrice et sur laquelle se sont basés les autres pays atteints par la suite, est loin, selon les experts, d’avoir publié ses vrais chiffres. La probabilité d’une résurgence du virus après un déconfinement est de plus en plus évoquée face à la grande contagiosité du virus et face aux cas de réinfection observés après guérison.  Comment peut-on juger cette mesure efficace si 1) les chiffres de base (Chine) ne reflètent pas la réalité et 2) si le recul pour l’évolution post-confinement sur la durée n’est pas assez long?

Par contre, le confinement intégral dans les pays sans moyens suffisants pour subvenir à la vie des populations pendant une durée qui peut être longue, va mettre en détresse respiratoire chronique une économie déjà mal oxygénée.

Quand on ne peut obliger une population à rester chez soi pour des questions de survie, il existe des mesures intermédiaires qu'il faut renforcer pour gérer la crise au mieux:

la sensibilisation permanente par tous les canaux sur les gestes barrières

la responsabilisation de chaque citoyen pour se protéger, protéger les siens et prendre toutes les dispositions qu’il faut pour appliquer les mesures de protection dans son univers professionnel

le port obligatoire de masques dans les lieux publics

la disponibilité des médicaments, l’efficacité de toute la chaîne de prise en charge étatique, la disponibilité des lits d’hospitalisation et d’oxygène

la protection des personnels soignants par des équipements adaptés et disponibles

le dépistage de masse avec des tests fiables, la prescription de confinement à domicile pour les cas bénins et l’hospitalisation pour les cas plus graves dans des centres dédiés

la protection des personnes âgées et celles ayant des maladies fragilisant leur santé et leur système d’immunité, par le confinement et la restriction des visites

l’autorisation pour les centres médicaux privés de consulter, pratiquer les tests et prescrire des médicaments anti Covid-19 en cas de débordement des centres étatiques

l’inspection continue et le contrôle rigoureux de la population par une police sanitaire dans l’application des gestes barrières, le port de masques et de la distanciation sociale dans les lieux publics.

L'intérêt de ces mesures est qu'elles ont prouvé leur efficacité du point de vue sanitaire et qu'elles peuvent perdurer dans le temps sans grands dégâts sur la vie socio- économique.

Au vu de la dépendance de l’Afrique pour les produits de première nécessité vis-à-vis de l’Asie et de l’Occident, tant que les activités économiques seront restreintes sur ces continents-ci, en Afrique la crise économique risque de surpasser la crise sanitaire. Les institutions financières internationales y prédisent une récession sans précédent. Que doit-on faire pour amoindrir au niveau local la crise économique ? Ces institutions financières qui ont toujours encadré la politique économique de la plupart de nos pays, ne peuvent-elles aider ou laisser nos experts locaux repenser des solutions de développement intra-africain, identifier rapidement les secteurs économiques en danger et orienter les dépenses des fonds annoncés pour amortir la crise ?

Le Covid-19 ne mettrait-il pas l’Afrique dans l’obligation de développer des solutions africaines ? 

N’était-il pas temps que l’Afrique rebatte les cartes de son développement et s'engage irrémédiablement dans la voie d'une véritable indépendance et d'une dynamisation de tous les secteurs en particulier la santé, l'économie, l'éducation, l'agriculture, et la recherche scientifique, avec création de solutions pérennes par les africains et pour l'Afrique?

Dr Djamila F